Violence psychologique dans le couple : comment reconnaître les signes ?
On peut être malheureux dans son couple sans savoir pourquoi. Se sentir diminué, coupable, anxieux ou constamment sur ses gardes sans parvenir à mettre un mot sur ce qui se passe.
La violence psychologique a cette particularité : elle ne laisse pas nécessairement de traces visibles. Elle peut s'installer progressivement, parfois au sein d'une relation qui semble normale de l'extérieur.
Et c'est souvent lorsque l'on commence à se demander « Est-ce que le problème vient de moi ? » que quelque chose mérite d'être regardé.
« Je ne sais plus si j'exagère »
C'est une phrase fréquente lorsqu'une personne tente de comprendre une relation devenue difficile.
Elle raconte une remarque blessante, puis la minimise : « Il était énervé. »
Elle évoque un comportement de contrôle : « C'est peut-être parce qu'il tient à moi. »
Elle décrit des reproches répétés : « Je dois sûrement faire quelque chose de travers. »
Progressivement, elle peut perdre confiance dans son propre jugement.
La question n'est alors plus seulement : « Que fait mon partenaire ? »
Elle devient : « Pourquoi est-ce que je ne me fais plus confiance ? »
Les signes qui doivent attirer l'attention
Une relation difficile n'est pas nécessairement une relation violente. Mais certains changements méritent d'être pris au sérieux :
Vous avez peur de provoquer une réaction.
Vous choisissez vos mots, anticipez son humeur et évitez certains sujets. Vous modifiez votre comportement pour empêcher une dispute.
Vous vous excusez constamment.
Vous cherchez à apaiser, vous vous justifiez et finissez parfois par demander pardon simplement pour que le conflit s'arrête.
Votre entourage devient à ses yeux un problème.
Votre partenaire critique vos amis ou votre famille, considère qu'ils vous influencent mal ou vous reproche de passer trop de temps avec eux. Peu à peu, vous pouvez vous isoler.
Vous avez perdu confiance en vous
"Est-ce que je suis trop sensible ?"
"Est-ce que je suis égoïste ?"
"Est-ce que j'invente les problèmes ?"
Lorsque le doute devient permanent, il mérite d'être examiné.
Vous devez constamment vous justifier
Où étiez-vous ? Avec qui ? Pourquoi ce message ? Pourquoi cette tenue ?
Le couple peut alors progressivement fonctionner comme un système de surveillance plutôt que comme un espace de confiance.
Les conflits finissent toujours par devenir votre responsabilité
Vous essayez de parler d'un comportement qui vous a blessé. La discussion se termine pourtant par l'examen de vos défauts.
Vous repartez avec le sentiment d'être finalement responsable de tout.
Vous ne vous reconnaissez plus
Vous êtes devenu plus anxieux. Vous sortez moins. Vous avez moins confiance en vous. Vous réfléchissez avant de parler et avez l'impression de marcher sur des œufs.
Et surtout, vous avez du mal à expliquer pourquoi.
Pourquoi reste-t-on dans une relation qui fait souffrir ?
La réponse n'est pas "parce que l'on est faible".
Une relation d'emprise peut se construire progressivement. Au début, il peut y avoir de l'amour, de l'attention, de la séduction et de véritables moments heureux.
Puis apparaissent des critiques, des conflits, des réconciliations et des promesses.
Cette alternance rend la situation difficile à comprendre.
On ne compare pas nécessairement sa relation à une relation idéale. On compare souvent les mauvais moments avec les bons moments de la même relation.
On peut aimer quelqu'un et souffrir dans cette relation. Ces deux réalités peuvent coexister.
Le plus important n'est pas forcément l'étiquette
"Est-il manipulateur ?"
"Est-elle toxique ?"
"Est-il un pervers narcissique"
Ces questions peuvent sembler apporter une réponse. Mais une approche plus concrète consiste à observer ce que la relation produit chez vous.
Vous sentez vous libre de dire non ?
Pouvez-vous exprimer un désaccord sans avoir peur ?
Pouvez-vous conserver vos amis et votre famille ?
Vos décisions vous appartiennent-elles ?
Pouvez-vous être vous-même dans votre relation ?
La qualité d'une relation se mesure aussi à l'espace qu'elle laisse à chacun.
Quand le doute apparaît
Il n'est pas nécessaire d'attendre d'être certain que ce que vous vivez constitue une violence psychologique pour en parler.
Un professionnel peut aider à remettre les événements dans leur chronologie, à distinguer un conflit conjugal d'un fonctionnement de domination et à retrouver progressivement confiance dans ses propres perceptions.
Le travail psychologique ne consiste pas à décider à la place de la personne s'il faut rester ou partir.
Il peut d'abord consister à comprendre ce qui se passe.
Parce qu'avant de prendre une décision, il faut parfois simplement pouvoir penser à nouveau par soi-même.
Une question pour commencer
"Depuis que je suis dans cette relation, est-ce que je me sens davantage moi même ou de moins en moins moi même ?"
Cette question ne permet pas, à elle seule, de conclure à une violence psychologique.
Mais elle peut constituer un point de départ.
En France, le 3919 – Violences Femmes Info propose écoute, information et orientation aux femmes victimes de violences et à leur entourage.
En cas de danger immédiat : 17 ou 112. Le 114 par SMS permet d'alerter lorsqu'il est impossible de parler. (Service-Public.fr)
