Comment se déroule une première séance de psychothérapie ?
Chloé est allée à la rencontre d'un professionnel pour comprendre sa pratique de la psychothérapie.
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Chloé : Beaucoup de personnes attendent des mois, parfois des années, avant de consulter. Qu'est-ce qui les retient selon vous ?
Christophe Pichon :
Je crois que beaucoup pensent qu'il faut être "au bout du rouleau" pour consulter. C'est une idée qui a la vie dure.
En réalité, on vient souvent parce qu'on sent que quelque chose s'est installé : une anxiété qui prend de plus en plus de place, une confiance qui s'effrite, un couple qui s'éloigne, une fatigue qui ne passe plus. On continue à avancer, mais avec le sentiment que cela coûte de plus en plus d'énergie.
Demander de l'aide n'est pas un aveu de faiblesse. C'est parfois simplement reconnaître que certaines situations méritent un autre regard que le sien.
Chloé : La première séance impressionne souvent. Comment l'abordez-vous ?
Christophe Pichon :
Je n'accueille pas un problème. J'accueille une personne.
Avant de parler des symptômes, j'ai envie de découvrir qui est celui ou celle qui est assis en face de moi. Son parcours, ses valeurs, ses blessures, mais aussi ses ressources, ses réussites, sa manière d'être au monde.
Je ne cherche pas à faire entrer quelqu'un dans une grille d'analyse. J'essaie de comprendre comment cette personne fonctionne, ce qui l'a construite et ce qui, aujourd'hui, l'empêche d'avancer sereinement.
Cette première séance est avant tout une rencontre. C'est le début d'une relation de confiance.
Chloé : Vous utilisez plusieurs approches thérapeutiques. Pourquoi ce choix plutôt qu'une spécialisation unique ?
Christophe Pichon :
Parce que les êtres humains ne rentrent pas dans des cases.
Une même difficulté peut avoir des origines très différentes selon les personnes. Si je décidais de tout traiter avec une seule approche, ce serait finalement la personne qui devrait s'adapter à ma pratique.
Je préfère l'inverse.
Je dispose de différents outils — Gestalt, Hypnoses Ericksonienne et Thérapeutiques, EFT, Cohérence Cardiaque, Réalité Virtuelle (Casque) — et je choisis celui qui sera le plus pertinent pour cette personne-là, à ce moment-là de son parcours.
Les outils doivent rester au service du patient. Jamais l'inverse.
Chloé : On ressent dans votre manière de parler une importance particulière accordée à la relation. Est-ce volontaire ?
Christophe Pichon :
C'est même le cœur du métier.
Les techniques sont précieuses. Elles ont démontré leur efficacité. Mais elles prennent véritablement leur sens lorsqu'elles s'inscrivent dans une relation sincère. C'est en premier la relation qui soigne.
Je pense qu'on évolue plus facilement lorsque l'on se sent écouté, compris et respecté.
Il ne s'agit pas simplement d'être face à un professionnel compétent. Il s'agit aussi de rencontrer quelqu'un avec qui l'on peut être pleinement soi-même, sans avoir besoin de jouer un rôle.
Chloé : Vous avez exercé pendant de nombreuses années en entreprise avant de devenir psychopraticien. En quoi cela influence-t-il votre regard ?
Christophe Pichon :
Cela me permet de comprendre certaines réalités de l'intérieur du monde du travail.
Le stress chronique, les responsabilités, les conflits, les restructurations, le sentiment de perdre le sens de son travail… je les ai personnellement vécus.
Lorsque quelqu'un me parle de son quotidien professionnel, je peux plus facilement saisir ce qu'il traverse parce que j'ai moi-même connu cet univers.
Cette expérience nourrit mon écoute sans jamais enfermer la personne dans des interprétations toutes faites.
Chloé : Quel est votre objectif pendant une thérapie ?
Christophe Pichon :
Je ne cherche pas à dire aux gens comment ils devraient vivre. Je n'ai pas à avoir d'objectifs pour quelqu'un.
Mon travail consiste plutôt à les aider à retrouver leur liberté de choix.
Quand l'anxiété, la peur, les automatismes ou certaines blessures prennent toute la place, on finit parfois par croire qu'il n'existe qu'une seule façon de réagir.
Progressivement, le travail thérapeutique permet de rouvrir le champ des possibles.
Chloé : Vous arrive-t-il de donner des conseils ?
Christophe Pichon :
Je peux apporter un éclairage, partager une hypothèse, proposer une expérience ou un exercice.
Mais ce n'est pas le rôle du Psy de donner des conseils universels.
Ce qui transforme durablement une personne, ce n'est pas qu'on lui dise quoi faire. C'est qu'elle comprenne profondément ce qui se joue en elle et qu'elle puisse ensuite faire des choix qui lui ressemblent.
Chloé : À quel moment savez-vous qu'une thérapie avance dans la bonne direction ?
Christophe Pichon :
Il y a souvent un moment très particulier.
Le patient raconte une situation qui, quelques mois plus tôt, l'aurait complètement déstabilisé. Et il ajoute presque en passant : « Finalement, je ne l'ai pas vécu comme avant. »
C'est souvent discret.
Mais derrière cette phrase se cache parfois une transformation considérable.
Chloé : Après toutes ces années de pratique, qu'est-ce qui continue à vous émerveiller ?
Christophe Pichon :
La capacité de changement.
Même lorsque quelqu'un arrive convaincu que rien n'est possible, je constate régulièrement que les ressources sont déjà là.
Elles sont simplement enfouies sous les habitudes, les peurs ou les blessures.
Voir une personne retrouver progressivement confiance en elle, reste, aujourd'hui encore, l'un des aspects les plus touchants de mon métier.
Chloé : Si vous deviez résumer votre manière d'accompagner en quelques mots ?
Christophe Pichon :
Je dirais que je n'avance jamais devant la personne.
Je marche un moment à ses côtés.
J'apporte mon expérience, mon regard, mes outils, mais c'est toujours son histoire, son rythme et ses objectifs qui donnent la direction.
Au fond, mon travail consiste à faire en sorte que, progressivement, le patient n'ait plus besoin de moi.
