Pourquoi des millions de personnes utilisent ChatGPT comme un Psy ?

Christophe PICHON - Psy à Toulon (83000)

Aujourd'hui, des millions de personnes utilisent l'intelligence artificielle non plus seulement pour écrire des textes ou chercher des informations, mais aussi pour parler de leurs émotions. Certains demandent des conseils amoureux, d'autres cherchent du réconfort après une rupture, une période d'anxiété ou un moment de solitude.

Pour beaucoup, l'I.A. est devenue un confident toujours disponible : elle répond immédiatement, ne semble pas juger et reste accessible à toute heure du jour ou de la nuit.

Ce phénomène surprend les Psy. Car une I.A. ne ressent ni empathie, ni tristesse, ni compassion. Pourtant, de nombreux utilisateurs déclarent se sentir écoutés, compris, voire soutenus émotionnellement après une conversation avec elle.

Comment expliquer ce paradoxe ?

Les Psy disposent d'un concept ancien pour comprendre ce phénomène : l'effet ELIZA.

L'effet ELIZA désigne notre tendance naturelle à attribuer des émotions, des intentions ou une compréhension humaine à une machine qui n'en possède pas réellement.

Ce terme vient d'ELIZA, un programme informatique créé en 1966 par le chercheur Joseph Weizenbaum. Ce logiciel imitait un psychothérapeute en reformulant les propos de l'utilisateur :

« Je me sens triste. »« Pourquoi vous sentez-vous triste ? »

ELIZA ne comprenait pourtant rien à ce qu'elle lisait. Elle appliquait simplement des règles de langage très simples. Malgré cela, de nombreuses personnes avaient l'impression d'être réellement écoutées.

Weizenbaum lui-même fut surpris par l'attachement émotionnel que certains utilisateurs développaient envers son programme. Plus étonnant encore : beaucoup savaient qu'ils parlaient à une machine, mais ressentaient malgré tout une forme de relation.

Près de soixante ans plus tard, les I.A. conversationnelles modernes rendent cet effet encore plus puissant. Elles parlent de façon naturelle, gardent le fil d'une discussion, reformulent nos émotions et produisent des réponses qui ressemblent à celles d'un être humain.

Notre cerveau est alors spontanément tenté de conclure : « Si elle me répond comme une personne, c'est qu'elle me comprend comme une personne. »

Or c'est précisément là que réside l'illusion. Une I.A. peut simuler l'écoute sans l'éprouver. Elle peut reproduire l'empathie sans la ressentir. Derrière des réponses parfois très convaincantes, il n'existe ni conscience, ni émotions, ni expérience vécue.

L'essor de l'I.A. comme confident ou « Psy » nous apprend donc peut-être autant sur la psychologie humaine que sur la technologie elle-même.

Car si les machines parlent désormais comme des humains, notre besoin d'être écoutés, compris et reliés aux autres reste profondément humain.


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